os1 os2
Où ça, dis ?

os3
Fais voir !

Et puis quoi encore ?

D'ailleurs, c'est pas moi qui en ai.

bsonPour justifier que des boutons fassent la manchette de mon post, appuyons sur le bouton de sonnette du Musée de la nacre et de la tabletterie situé à Méru dans l'Oise, à une vingtaine de km de Beauvais.

m1

Non, Méru n'est pas au bord de la mer, mais en plein Vexin, dans la campagne. La tabletterie dont l'origine remonte au Moyen Age est le travail de toute matière première (os, ivoire, corne, nacre, bois exotiques...) pour la réalisation d'objets de luxe : jetons, dés, dominos, boîtes, manches de couteaux, montures d'éventails .... Comme cet artisanat génère des odeurs très gênantes pour la capitale, Colbert, au XVIIème siècle, décide de délocaliser une partie de cette activité en province (la délocalisation n'est donc pas nouvelle !). Les ouvriers agricoles de cette région proche de Paris ont ainsi pu travailler chez eux à la morte saison, à partir de cette époque, au collage des pièces de dominos (jeu très prisé dans le monde entier et en Normandie en particulier) ou à l'encartage des boutons, pour les ateliers parisiens. Exactement comme les ouvriers agricoles de l'Angleterre qui tricotaient chez eux dès le XVIème siècle pour arrondir leurs fins de mois.

ausLa tabletterie connaît un essor important au XIXème siècle et la région de Méru devient la capitale mondiale de la nacre. Pourquoi ? Parce que la Polynésie devient colonie française et que l'on importe davantage d'huîtres perlières qui arrivent au port de Rouen et qui remontent la Seine (pas àaus2 la nage bien sûr, mais sur des bateaux !).

On travaillait jusque-là la nacre blanche australienne ; l'arrivage d'une autre nacre, la grise, d'origine polynésienne a permis le développement de cette industrie et la création d'entreprises dans la région même où la main d'oeuvre spécialisée existait déjà. L'utilisation de boutons de nacre dans le vêtement, notamment dans le gilet masculin des romantiques, se répand davantage : la fabrication de boutons de nacre explose.

Imaginez ! Un atelier rempli de 80 ouvriers, dans une poussière de nacre telle qu'ils ne se voyaient plus, les mains dans l'eau pour refroidir les machines (et les gerçures en hiver), dans un bruit pas possible avec toutes les machines qui tournaient ensemble ! Pas de masque, pas de protection particulière, les maladies pulmonaires étaient fréquentes ainsi que la surdité.

m2 m3

La machine à vapeur qui faisait tourner l'ensemble des machines
m4 m5
(vue de dessus à droite)

m6Le premier ouvrier qui intervient est le "découpeur" ; c'est aussi le mieux payé. Il découpe desenc rondelles dans les coquillages, rondelles qu'on appele des "pions". Ensuite, différentes étapes se succèdent : meulage (face externe pour éliminer le dessus du coquillage, et face interne pour aplanir), méchage (pour former un bourrelet à la périphérie), gravure (pour créer un dessin), puis trous.

C'est seulement à cette étape que le pion peut s'appeler un bouton (l'exemplaire de la photo a été réalisé pendant la visite).

Ensuite ponçage, polissage et encartage.

Autre coquillage très utilisé pour sa nacre, l'haliotide verte de Californie, communément appelé ormeau, ou Oreille de Vénus :

abal

Mais vous le connaissez peut-être sous son nom anglais d'Abalone ? Et c'est là que le bouton rejoint le tricot !

abal2b Abal3
Modèle d'A. Starmore, in Pacific Coast Highway

Tout allait donc très bien. Au XIXème siècle, 40 entreprises employaient 10 000 ouvriers dans la région. Puis un autre coquillage arriva au début du XXème siècle : le troca, qu'il suffisait de blanchir à l'eau oxygénée pour que sa nacre ressemble à s'y méprendre à celle des huîtres perlières (les plus chères). Le troca coûtait 50 centimes au lieu des 7,50 francs de l'huître. La notion de profit l'emporte, la fraude s'installe, les salaires chutent de 30 % et une immense grève paralyse le secteur pendant 3 mois.

Secteur balayé ensuite par l'industrie du plastique : à partir de 1960, les boutons sont de plus en plus fabriqués en matière plastique, et en 1972, les usines de nacre sont définitivement fermées. Sauf quelques rares survivants qui travaillent pour la haute couture et le prêt-à-porter.

Quelques chiffres pour conclure :

  • en 1900, un ouvrier produit environ 6 000 boutons de nacre en 8 heures (perçage manuel) ;

  • en 1960, un ouvrier sur machine semi-automatique produit 14 400 boutons de galalithe en 8 heures ;

  • en 1990, une machine automatique produit plus de 80 000 boutons plastique en 8 heures.

Vous voulez voir de jolis boutons ? C'est par là.

Mais par ici aussi...

Bouton de porte - boutons de laine - bouton bleu
abb1 abb2 abb3

Boutons d'or - bouton jaune
bo bo2 bo3

Bouton d'acné - bouton de rose - bouton rouge
br1 br2 br3

Bouton  poussoir - boutons informatiques (clic) - bouton pression
bp1 bp2 bp3

Tous ces boutons pour le February sweater d'E. Zimmermann in Elizabeth Zimmermann's Knitter's Almanac. Tricoté de haut en bas, ce n'est vraiment pas un modèle difficile.

D'abors le "normal", conforme aux explications, taille 1 an, en Pronostic de Phildar (20 % laine, 160 m pour 50 g, à tricoter en 3,5) :

Feb_swater_310308

Détail du point et du boutonnage
fs1 fs2 fs3

Argh. Madame Zimmermann évoque les boutonnières bien bas dans les explications, donc comme je fonce trop vite, les boutonnières ont démarré là où c'est écrit ! Pour me rattraper, j'ai mis un bouton pression en haut, cousu sous le bouton...

Ensuite, j'ai voulu changer le point. Et tricoter avec d'autres fils. Je me suis donc amusée avec des fils à chaussette, un écru, de Pingouin (aussi âgé que moi) et la Regia 4 fils Ringel Clown (5048) en un point de mailles glissées (j'adore !). Evidemment, j'ai recalculé tout le patron, car la laine est plus fine.

Baby clown (3-6 mois)
baby_clown_90408

Détails
point augm
J'apprécie beaucoup la façon d'augmenter dans le point mousse, car ça ne se voit pas.

Il y a une petite chose qui me chagrine, j'en reparlerai la prochaine fois. Car bien sûr, il y a un troisième Feb sweater qui a démarré, et qui va me permettre de modifier la zone qui à mon avis ne vas pas.

Tiens, le géranium aussi a des pustules !
os4

A bientôt, vale,

Christine