cigFaut croire que je n'avais plus d'encre dans mon stylo pour n'avoir pas plus tôt repris la plume ici...

Eh bien non, juste un manque cruel de temps suivi de courtes vacances. Non, je n'ai pas eu de bébé !

D'abord l'Alsace. Basée à Beblenheim, à quelques km de Colmar, dans un gîte très confortable, le Gambrinus (que je vous recommande chaudement), en plein milieu des vignes et du Gewürtz (aïe aïe aïe), j'ai pu revisiter les beautés de ce coin de France où j'ai habité il y a 20 ans. Dommage, le ciel était un peu gris.

Riquewihr envahie de touristes,

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Ribeauvillé envahie de plumes grâce à la proximité d'Hunawihr et son Centre de réintroduction des cigognes,

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La cigogne, oiseau migrateur africain familier du paysage alsacien avait complètement disparu dans les années 1980 : chasse (en Afrique), lignes à haute tension et pesticides ont eu raison de cet animal, d'où la création de ce Centre.

Kaysersberg également liée à l'Afrique grâce au Dr Schweitzer, et ses jolies maisons.

Il y eut aussi le Haut-Koenigsbourg (site officiel), d'autres petits villages fleuris, les bredele et les winstubs ou bierstubs qui servent la fameuse flammekueche. Et les retrouvailles avec 4in, à Thann, une "ancienne" de Tricotnordique, qui avec une grande maison et deux enfants, n'a plus vraiment le temps de tricoter ! Ce qui ne nous a pas empêchées de beaucoup papoter, vous vous en doutez.

Ensuite, direction la Lorraine et la Champagne : basée à Metz, j'ai rayonné et suis montée jusqu'à Reims et Rethel. Si j'ai pu ramener les fameux biscuits roses de Reims et le boudin blanc, spécialité de Rethel (qu'on peut commander sur leur site, service et qualité impeccables), je n'ai pas vu l'ange au sourire de la cathédrale de Reims, qui faisait la tronche derrière une bâche, la cathédrale se refaisant une beauté.

brgMais en Lorraine, il y a aussi Nancy et ses bergamotes.

Et qui dit bergamotes dit Millaine.

Millaine ? la tricoteuse hors pair, qui raffine tout ce qu'elle touche, et qui raconte des histoires tristes à vous faire mourir de rire. Et à défaut de voir à quoi ressemble un sourire d'ange, j'aurai au moins vu les anges tricoter ! et je ne le regrette pas.

Et en Alsace, il y avait aussi :
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Non, pas celui-ci,
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ni celui-là,
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mais celui-là,
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ou plus exactement ceusses-ci :
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parce que, figurez-vous, les Amish, ils ne sont pas américains du tout, mais français ! Si ! d'origine suisse, d'accord, mais français quand même.

Que je vous conte ça...

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La Réforme, ça vous dit quelque chose ? Au début du XVIème siècle, l'Allemagne est agitée par Luther tandis qu'en Suisseam4, à Zurich, un certain Zwingli tient les mêmes propos. Puis Calvin à Genève. La Suisse devient vite la terre d'asile des protestants européens, et accueille en particulier des milliers de huguenots français au milieu du XVIème siècle.

Mais dans cette période d'agitation, un mouvement protestant plus radical voit le jour dans l'entourage de Zwingli : les anabaptistes, qui refusent le baptême des enfants à la naissance. Persécutés, ils cherchent refuge comme tous les fuyards, dans des coins isolés et difficiles d'accès et ils arrivent dans le Val de Liepvre, ou Val d'Argent, en Alsace, où l'on exploite le sous-sol et ses filons argentifères. Ces anabaptistes sont des Mennonites, une branche anabaptiste.

En ces temps-là, protestants et catholiques ne s'aimaient pas trop ; aux guerres de religion françaises succède la Guerre de Trente ans qui va toucher toute l'Europe. A la fin de cette guerre, en 1648, le Val d'Argent est dévasté, la population décimée. am2On favorise l'immigration en offrant des terres et l'exemption d'impôt. Cette fois-ci, ce sont des anabaptistes du canton de Berne qui arrivent ; persécutés eux aussi, ces Mennonites fuient leur pays et s'installent dans ce petit coin d'Alsace, à Sainte-Marie-aux-mines, à 60 familles sous la houlette d'un certain Jakob Ammann.

Ce sont des bosseurs : agriculteurs hors pair, il défrichent, créent des prairies, cultivent et rendent fertiles les terres les plus arides. Ce sont également des éleveurs remarquables. Mais Jakob a son caractère et s'offusque de la vie des anabaptistes zurichois arrivés au siècle précédent, qui ont bien réussi et se sont embourgeoisés. Où sont donc nos anciens préceptes ? Et notre rigueur d'origine ? Comment ? Comment ?

Il n'arrive pas à leur faire entendre raison, et en 1693, c'est le schisme : la communauté Amish est née, fille dissidente de la communauté Mennonite. 

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Radicaux et conservateurs à la différence des Mennonites plutôt progressistes, ils restent de gros travailleurs et finissent par contrôler la production du bois et posséder de nombreux moulins ; ne représentant que le quart de la population, ils acquièrent dans le temps le tiers des terres. Et comme partout, la réussite des uns suscite jalousie et envie chez les autres.

A la Cour, on s'active et on fomente des intrigues. Et en 1712, le bon roi Louis XIV signe un ordre d'expulsion des Mennonites et des Amish pour permettre aux intrigants de récupérer leurs biens à faible coût... Ben tiens ! Certains restent à Sainte-Marie, mais la plupart s'en vont, en Lorraine qui n'appartient pas à la France, à Montbéliard qui est une enclave protestante, et déjà aux Etats-unis : ils s'installent en particulier en Pennsylvanie, ancienne colonie anglaise fondée par William Penn, quaker, qui accueille tous les réprouvés sous condition qu'ils se tolèrent les uns les autres.

Puis c'est au tour de Bonaparte de leur porter le coup fatal : ayant besoin de militaires en plus grand nombre que son armée de métier, il leur enlève leur privilège de toujours, celui d'être exempté du service militaire.

am7Les Amish quittent alors massivement la France et partent en direction de l'Amérique du Nord et s'installent au USA et au Canada.

Le patchwork n'est pas américain non plus, et vient de loin. Importé aux Etats-Unis par les colons anglais, les Amish retrouvent dans cette technique leurs règles d'austérité et de frugalité et vontam9 développer un art très caractéristique qui n'utilise que des tissus unis, et bannit les motifs figuratifs à part quelques exceptions comme par exemple les paniers (outils de travail).

Ils utilisent essentiellement les triangles, les carrés et les losanges et développent beaucoup le quilting (le matelassage), souvent réalisé en groupe.

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Le mot Amish vient de Ammann avec le suffixe anglais -ish et n'apparaît en fait qu'au XIXème siècle, aux Etats-Unis. Quoi qu'il en soit, Sainte-Marie-aux-Mines est le berceau du mouvement Amish et c'est pour cette raison que chaque année y est organisé le Carrefour Européen du Patchwork.

Dont je vous parlerai la prochaine fois ! Avec un poco de tricot.

A bientôt, vale,

Christine