NB : comme d'habitude, si l'histoire ne vous intéresse pas, le tricot est à la fin !

Un chat sinon rien ?

Regardons de plus près ces petits riens qui nous (des)habillent, en commençant par le bas.

Les bas d'abord.

Que de temps passé entre ça :

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Source : Le costume historique

et ça (vous reconnaissez ?) :

Il y a bien longtemps, pour se protéger du froid, on enroulait des bandes de tissus autour des jambes ; ça ne tenait pas très bien... puis la maille est arrivée au XVe pour une meilleure tenue mais seules les Cours en profitaient car c'était du tricot-main, nouveau et cher.

Au XIVe siècle, les hommes portaient des chausses qui couvraient toute la jambe, grands tubes de tissus  qui s'attachaient au bas du pourpoint (le costume masculin était très court). Puis dès le début du XVIe siècle, les chausses se sont séparées en hauts-de-chausses ("trousses", sortes de shorts plus ou moins bouffants, puis les culottes, et enfin les pantalons) et bas-de-chausses (qui ont donné les "bas"). La première image montre des nobles anglais du début du XVIIe portant un haut-de-chausses bien bouffant, et des bas attachés avec de biens jolies jarretières !!! et que dire des chaussures.... Histoire passionnante que celle du haut-de-chausse sur Le costume historique, à lire absolument !

Pour en revenir au tricot et pour raccourcir l'histoire, voici les grandes dates qui ont jalonné l'histoire du bas qui est maintenant un sous-vêtement exclusivement féminin (exit les danseurs et la contention médicale).

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- XVe siècle : on commence à tricoter des bas (uniquement en rond). D'abord réservés aux riches (les Cours européennes, puis les nobles), les bas sont tricotés en soie, en jersey puis en dentelle. Ils font fureur à la Renaissance qui veut que la jambe soit bien moulée. 

- XVIe et XVIIe siècles : la France et l'Espagne se disputent la première place de fournisseurs des Cours de bas de soie en dentelle tandis que l'Angleterre, grâce à Elisabeth 1ère, développe une énorme activité économique autour du tricot de la bonneterie en laine.

- Fin XVIe siècle - XVIIe siècle : la même Elisabeth, pour protéger l'économie de son pays, refuse de breveter le métier à tricoter de William Lee inventé en 1589. Henri IV accueille ce pauvre pasteur anglais, brevète sa machine : le tricot machine est né. Réduisant les coûts de fabrication, le métier à tricoter va permettre la fabrication "en masse" des bas (à plat) et autoriser les classes sociales inférieures à accéder à ce sous-vêtement. A la fin du XVIIe, on trouve des bas de soie pour homme vendus sur les foires.

La femme ne montre pas son pied et encore moins sa jambe pendant très longtemps, mais elle porte aussi des bas, cachés. Passons à plus près de notre époque...

 - 1920 : les premiers bas de soie pour femme, jauge fine apparaissent sur le marché. Les bas sont tricotés à plat et cousus à la main (ce sont les bas "couture"). Ils sont retenus par des jarretelles et un sous-vêtement super affriolant : le porte-jarretelles ! Le porte-jarretelles à l'époque n'est pas un accessoire de séduction, mais un accessoire essentiellement pratique et médical, pour éviter aux femmes d'avoir des problèmes de circulation sanguine car elles mettaient des élastiques pour empêcher leurs bas de rouler sur la jambe.

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L'Ange bleu, 1929

 - 1930 : on commence à utiliser la rayonne (autre nom de la viscose, qui vient du bois) pour remplacer la soie qui est chère. Ces nouveaux bas dits "en soie artificielle" sont épais, semi-opaques, bref, moches...

- 1935 : découverte du nylon (un polyamide), fibre entièrement synthétique. Le brevet est déposé en 1938.

- 1940 : premier bas fabriqués en nylon ("soie synthétique"). Toujours à couture, ils sont censés ne pas filer, mais surtout, ils sont fins et transparents. Lancement aux Etats-Unis, succès immédiat, 64 millions de paires sont vendues en un an. Mais la guerre qui arrive réquisitionne la fabrication du nylon pour autre chose que les bas et la commercialisation s'arrête.

- 1945 : arrivée en Europe des bas nylon. Pendant la guerre, les femmes se teintaient les jambes et dessinaient la couture avec un crayon...

La France devient très vite le leader mondial de la fabrication du bas nylon, car il est de qualité irréprochable. A la Libération, le bas fait 70 deniers, dans les années 50, il est nettement plus fin et atteint 15 deniers. Il y a des ateliers de remaillage un peu partout et le bas chic est fully-fashioned, c'est-à-dire en forme (présence de diminutions) et avec un renfort au talon.

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 Regardez comment on nous parle en 1954 :

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- 1958 : la société de bonneterie Begy se lance 5 ans après sa création en 1953 à Troyes dans la fabrication des bas, et démarre tout de suite avec la fibre nylon. Tout va aller très vite à partir de cette date. Cette société française innovante et visionnaire a déjà déposé en 1956 un brevet à l'INPI pour fabriquer deux bas réunis par une culotte, pour s'affranchir du porte-jarretelles. Ca vous parle ? Aux Etats-Unis, les panty-legs (combinaison d'un panty et de 2 bas) sont inventés en 1959, soit à peu près à la même date : les collants ne rencontrent pas vraiment le succès.

- 1958/1960 : invention du métier circulaire, on peut enfin tricoter des bas sans couture ! Qui seront nettement moins chers bien sûr.

- 1961 : Le Bourget lance sa marque Têtu pour commercialiser ses premiers bas sans couture.

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- 1962 : la vente de bas sans couture sur le marché français  dépasse de loin celle des bas à couture. Le prix de revient, donc de vente, n'est pas étranger à cette success story.

La même année, la société Begy lance le bas Dimanche, le premier bas sans couture vendu à l'unité ! 25 % de part de marché dans la foulée, pas mal... Regardez la pub, c'est trop mignon !

Eh oui, voilà ce qui a fait que la société Begy s'est finalement appelée Dim en 1965 sur les conseils de Publicis. (Pour les nostagiques ou les chauvins, Dim appartient aujourd'hui à des américains...). Dim, que vous connaissez sûrement, c'est le Tatatata tata - ré, sol, la, si bémol, ré, mi bémol des pubs, musique de Lalo Schifrin qui a composé la musique du film The Fox (musique sans droits d'auteur...).

- 1962 toujours : Mary Quant lance la mini-jupe (pour que les femmes attrapent un bus plus rapidement paraît-il). La jupe plus courte que la longueur du bas, ça ne va pas, et les ventes des collants explosent au milieu des années 60. Le mannequin ci-dessous vous rappellerait-il votre jeunesse par hasard ? 

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- 1968 : Dim lanche le collant en boule dans un petit cube avec un ajour pour voir la couleur du produit et devient en 2 ans le second acteur du marché international du collant. Exit les pochettes plates !

Puis le collant a vu ses ventes diminuer à cause du pantalon, et les bas avec le porte-jarretelles redevenir à la mode dans les années 80 grâce à Chantal Thomass qui en fait un accessoire de séduction.

Mais aujourd'hui, le collant fantaisie se porte très bien et stimule la créativité ! La preuve en images (vous pouvez cliquer dessus pour les agrandir) et vive les chats !

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Mais moi, ceux que je préfère, ce sont ces collants griffés de Pamela Mann. Rigolo, non ?

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Chat alors !

Les bas et les collants appartiennent à la bonneterie ; ce mot vient bien de bonnet, mais la bonneterie n'a plus rien à voir avec les bonnets aujourd'hui. C'est la raison pour laquelle après le bas (les bas), on va passer au haut (bonnets)...

Jouons à chat perché

Mon devoir de vacances un peu mis de côté, j'ai tricoté un bonnet avec des chats assis sur la bordure. Il y avait un moment que je voulais tester un point particulier qui consiste à faire un petit bout de tricot à part ; la queue des chats me semblant la partie idéale pour bénéficier de cette technique, j'ai dessiné un motif, attrapé mes pelotes de laine (Cascade 220 Sport, 100 % laine, 150 m/50 g) et tricoté des rouquins :

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Le revers est rattaché au tricot en tricotant chacune des mailles du montage avec la maille ouverte correspondante sur l'aiguille gauche ; les petits queues ont été tricotées en même temps que le chat, puis fixées sur la bordure par un point de couture. Même si j'avais trouvé la technique pour planquer les noeuds entre les deux feuillets du revers, cela ne me satisfaisait pas et j'en ai refait un autre. Avec des chats noirs.

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Cette fois-ci, les petites queues ont été tricotées avec la bordure. Les noeuds seront cachés à l'intérieur une fois le revers plié et rattaché au tricot. La troisième étape a été d'en tricoter d'autres dans différentes tailles : des chats blancs, des roux clairs et des gris tout en testant le travail avec d'autres fils.

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 White whiskers (moustaches blanches) est un bonnet tricoté en 3,5 et en rond ; c'est un jacquard à fils tendus et les moustaches sont rebrodées à la fin. Le patron est disponible sur Ravelry ou Créations online ; écrit pour 7 tailles (du bébé à l'adulte), il comporte 3 tutoriels avec photos pour le tricotage de la queue, le pliage du revers et la broderie des moustaches. Ce n'est pas très difficile à faire, le point le plus important étant de bien laisser les fils souples à l'arrière pour ne pas resserrer le tricot.

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Mon devoir de vacances (le pull suédois bleu et gris) a bien avancé et j'en parlerai la prochaine fois. Je suis enchantée à la fois par le modèle et par les fils !

Pour terminer, une petite vidéo ? Chat alors, il y a aussi des chiens !

A bientôt, vale,

Christine