C'est la saison.

Hier, c'était "je vous souhaite de bonnes fêtes de fin d'année", et aujourd'hui, 6 janvier, c'est "bonne fête" à tous les Balthazar, Melchior et Gaspard.

wm___CopieA propos, qui en connaît ? moi pas, à part dans la gent canine ou féline...

L'Epiphanie, du grec epi/sur et phanie/apparition (littéralement apparition ou manifestation au monde, aux hommes), célèbre le jour où des mages venus du fin fond des déserts en suivant une étoile sont tombés sur le Gesù bambino qui venaît de naître, et a lieu 12 jours pile après Noël : elle tombe donc le 6 janvier, comme Noël, ce n'est pas forcément un dimanche, mais contrairement à Noël, ce n'est pas un jour chômé en France.

Les églises de rite oriental - Grèce par exemple - ne célèbrent pas l'Epiphanie le 6 janvier, mais la Théophanie (littéralement manifestation de Dieu), et fêtent à cette date le baptême du Christ dans le Jourdain. Et les grecs qui ont plus de chance que nous, en ont fait un jour férié.

Veinards.

Et bonne fête aussi aux Tiphaine, Tiffany et autres prénoms dérivés ou orthographiés de façon plus ou moins fantaisiste, prénoms qui proviennent tous de théophanie.

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Jusqu'au IVème siècle, l'Epiphanie a été la grande fête religieuse de la chrétienté qui commémorait l'adoration des mages. La fête religieuse de Noël, n'a été instaurée qu'à ce moment, et plaquée sur le 25 décembre pour se substituer à toutes les fêtes païennes qui célébraient le solstice d'hiver -oui, avec 3 jours de décalage, mais il y avait une erreur de calendrier à l'époque, c'est-à-dire la victoire de la lumière sur les ténèbres, ou du moins, son retour. Mais la fête païenne a la vie dure, et elle a résisté, cachée dans nos assiettes ! C'est bien sûr la galette des rois, dont la forme ronde rappelle le disque solaire, le Sol invictus des Romains, et sa fève, qui permettait déjà à l'époque de désigner un roi au cours des banquets des Saturnales.

A propos, ces mages...
Légende ? Mythe ? Histoire avec un grand H ?

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Un seul des 4 évangiles canoniques mentionne cet épisode, l'évangile de Saint Matthieu. Matthieu était un publicain, un de ces hommes d'affaires travaillant pour les Romains : négocier des contrats publics, collecter les impôts, et prêter de l'argent (taux d'intérêt jusqu'à 45 %, ça fait rêver, mais ils devaient avancer les fonds avant de collecter) faisaient de ces hommes des mal-aimés d'une part à cause de leur fonction (ça n'a pas changé !), d'autre part parce qu'ils travaillaient main dans la main avec l'occupant du moment... Même s'il n'était qu'un employé sulbalterne, Matthieu était donc cultivé, sachant lire et écrire (et compter bien sûr), et parler plusieurs langues ; c'est lui-même qui aurait écrit son évangile dans la deuxième moitié du Ier siècle.

Une question pertinente me vient à l'esprit...
y a-t'il un lien entre la galette et le fait que ce soit un percepteur qui mentionne les mages ?

Dans le texte de Matthieu, les mages n'y sont pas trois ni rois, ils sont justes des "mages venus de l'Orient" et sont anonymes. A l'origine, un mage vit du côté de la Perse et de l'Iran, connaît les arts divinatoires et l'astrologie, a une fonction sacerdotale et pratique le culte solaire. Au cours des siècles, nos rois mages ont collectionné des attributs qu'ils n'avaient pas au départ et sont devenus des personnages légendaires, chargés de toute une symbolique.

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Au IIIème siècle, Tertullien les qualifie de "presque rois", et Origène au même moment dit qu'ils étaient trois. Au début, on raconte qu'ils sont rois d'Arabie ou de Perse, puis le VIème siècle les baptise enfin : magi autem vocabantur Bithisarea Melchior Gathaspa (traduction latine du VIIIème siècle d'un texte grec du VIème). Balthazar, Melchior et Gaspard finiront par prendre des couleurs et aussi représenter des continents dès le VIIème siècle -trois seulement, car on n'en connaissait que 3 à ce moment. A peu près en même temps, un autre texte leur donne un âge et attribue à chacun une des offrandes apportées, l'or, l'encens ou la myrrhe.

Ci-dessus, l'adoration des mages par A. Mantegna (vers 1500) ; pour une fois, le nourrisson a une taille à peu près normale. Ce qui me plaît dans ce tableau, ce sont les regards : à part la mère qui semble regarder son fils, les mages voient chacun quelque chose de différent, le père est fasciné par le turban de sa femme et l'enfant fixe le couvercle du pot orange ! Je n'y connais rien en peinture, mais ils n'ont pas vraiment l'air ensemble...

Pour résumer, Gaspard, le plus jeune, représente l'Asie et apporte l'encens, symbole de la divinité. Balthazar, d'âge moyen, représente l'Afrique et offre la myrrhe : gomme-résime aromatique très utilisée dans l'Antiquité en cosmétique (parfums) et en pharmacie, elle sert aussi aux embaumements et symbolise l'homme, soit la mortalité. Melchior, le plus âgé des trois, est la figure de l'Europe et apporte l'or, symbole de royauté.

Mais l'épopée ne s'arrête pas là ! 
car des rois mages, ça déménage !
chs

Sachez d'abord que Balthazar est passé par les Baux (de Provence) avant de retourner chez lui. Le blason des seigneurs des Baux arbore depuis une étoile argentée à 16 branches, l'étoile de la Nativité. Sachez aussi que les Baux avaient été donnés en marquisat aux Grimaldi en 1642, et que depuis, l'héritier du trône est marquis des Baux. Si on m'avait dit plus tôt que mon copain Albert était lié aux rois mages...

blPendant le siège de Milan par Frédéric Barberousse (1158), les milanais découvrent les reliques des trois rois mages dans les ruines d'un couvent. Que faisaient les rois mages à Milan ? Ca, c'est dû à Hélène, la mère de Constantin 1er, l'empereur romain ; vers 325, elle découvre ces reliques à Jérusalem, et les ramène à Constantinople. Mais son fils, le fameux Constantin, les refile quelques années plus tard à un évêque qui les emmène à Milan. 

Le culte des reliques atteignant son apogée au Moyen-Age, la découverte est fantastique. Tellemement que Barberousse offre les reliques à son chancelier qui est aussi évêque de Cologne. Après le sac de la ville, l'évêque prend les reliques comme butin de guerre et les ramène en allemagne en 1164. Les rois mages sont depuis cette date enchâssés dans la cathédrale de Cologne, et la ville arbore dans son blason leurs trois couronnes.

7

Pour terminer sur l'Epiphanie et la magie de Noël, rappelons qu'en Espagne, ce sont les rois mages qui distribuent les cadeaux aux enfants ; le 5 janvier au soir a lieu la Cabalgata de los Reyes Magos (la parade des rois mages), et la nuit, les mages passent distribuer les cadeaux. En Italie, c'est une vieille femme/sorcière, la Befana, qui distribue les cadeaux dans la nuit du 5 au 6 janvier. 

Alors, moi, pour fêter les rois, j'ai tricoté des bonnets-couronnes : Hitchhat de Martina Boehm (modèle payant). Trois, bien sûr, un pour chaque roi. Tous en Fabel de Drops (75 % laine et 25 % polyamide, 205 m/50 g). Tous en taille S, mais avec des modifications. Un pelote est suffisante (0,8 pour le bonnet rose). Je me suis trompée pour le premier : j'ai fait 5 sections au lieu de 4 sans le faire exprès, et heureusement ! Donc j'ai maintenau les 5 sections pour les suivants. Les dimensions conviennent bien pour un bébé de 6 mois à 1 an voir plus.

Rose mist (0,8 pelote, montage de 70 m., 45 cm de tour de tête et 18 de profondeur sans le revers)
Rose_mist_1 Rose_mist_3 Rose_mist_2

Rose_mist_4 Rose_mist_6
Coloris 623

Wise man hat (montage de 83 m., 45 cm de tour de tête et 20 cm de profondeur sans le revers)
hitbleu_1_2012_dec_31 hitbleu_3 hitbleu_2

hitbleu_5
Coloris 604

Balthazar (montage de 87 m. et petite variation sur les pointes, 46 cm de tour de tête et 22 cm de haut)
Balthazar_20130103 Balthazar_shape Balthazar_bobbles

Balthazar_top_1 Balthazar_top2
Coloris 330

J'ai fait des petites boules sur chaque pointe, et une au sommet du bonnet : ça fait plus "roi", non ? J'ai adoré ce modèle, et surtout sa construction originale.

Autres bonnets, normal, c'est la saison !

Carousel turban, avec de la Big Delight de Drops, coloris Atlantide
Carousel_turban_2012_09_15 PA280010 PA280009

Le_jeune_fille___la_perle_JPrototype. J'avais idée de faire une "Jeune fille à la perle" en tricot, mais... ce sera pour la prochaine fois !

J'ai utilisé la technique des chaussettes Carousel, modèle gratuit sur Knitty.com et Biscotte&Cie, également en français sur ce dernier (mais c'est du français canadien !).

Jeune fille à la perle de J. Veermeer (vers 1665).

Pointes de flèches, avec des restes
Arrow_points_2012_10_10 PA280007

Peruvian cats, avec des restes, d'après un patron gratuit, Worsted Chullo Hat de Claire Butchkoski
PA280002 PA280003 Peruvian_cats_2012_10_18

Un autre petit Leftie, c'était Noël. Toujours en Alpaca de Drops (marron 403) et des restes de Shetland Spindrift et 2 ply Jumper weight (surtout les restes de Russian river). Leftie est un modèle payant de Martina Behm, que j'ai traduit et qui est très facile à faire, idéal en plus pour utiliser ses restes.

leftie_2a Leftie_2b Leftie_2c

PC130003

Après cette avalanche de rois mages, de couronnes et de laine, il ne me reste plus qu'à vous souhaiter, à vous qui passez, une excellente année 2013, remplie de bonheur, de petits plaisirs divers et de souhaits exaucés, ainsi qu'une belle santé.

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A bientôt, vale,

Christine